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A la mémoire du Professeur Roger Monier

roger.Monier Le Professeur Roger Monier est décédé le 14 Septembre 2008. Il était éditeur de Biochimie depuis 1998. Trois personnalités étroitement imbriquées viennent à l'esprit lorsqu'on évoque la carrière de Roger Monier: le scientifique, le "manager" et l'enseignant.

Jeune ingénieur Agro, Roger Monier se forme à la recherche dans le creuset du laboratoire de Claude Fromageot où il fait sa thèse sur la structure primaire d'une protamine de saumon. Il côtoie dans ce laboratoire un grand nombre de personnalités qui avec lui, marqueront la biologie française et internationale de la seconde moitié du 20ème siècle et à cette époque la vie scientifique entre Montparnasse et le Quartier Latin est effervescente. A la suite de Claude Fromageot, deux maîtres achèveront sa formation de chercheur. Tout d'abord Raymond Latarjet à l'Institut du Radium avec qui il travaille sur les effets des irradiations sur les acides nucléiques, puis Paul Zamecnik au Massachussetts General Hospital à Boston qui dirige ses premier travaux sur les mécanismes de la synthèse protéique au sein d'une communauté prestigieuse et là aussi très effervescente. Il résiste cependant aux sirènes américaines pour rentrer en France et rejoindre Marseille où il est nommé professeur de Chimie Biologique. Ses premiers élèves le rejoignent alors et constituent sa première équipe qui découvre l'ARN ribosomique 5S et travaille sur la structure et la fonction du ribosome bactérien, programme qu'il poursuit jusqu'en 1974. Au cours de cette période il est membre fondateur de l'action Biologie Moléculaire de la DGRST et incontournable leader international du "club ribosome", les post-docs viennent à Marseille. Malgré les efforts de tous et de nombreuses et intéressantes observations sur les interactions protéines-acides nucléiques dans le ribosome, la fonction du "5S" n'est toujours pas élucidée en 1972 (elle ne l'est d'ailleurs toujours pas en 2008) lorsqu'il est sollicité pour prendre la Direction de l'Institut de Recherche Sur le Cancer du CNRS à Villejuif. Il accepte cette offre mettant ainsi fin à douze années marseillaises scientifiquement et personnellement très riches et aux ballades dominicales dans les Calanques. A Villejuif, Roger Monier démontre que la fonction de Direction s'accommode d'une activité scientifique personnelle de premier plan. Il décide de cadrer cette activité dans les préoccupations de l'Institut qu'il dirige, et dans le contexte des années 70 s'intéresse à la transformation cellulaire par le virus SV40, ce qui le conduit à séjourner épisodiquement comme Fogarty Scholar au NIH à Bethesda (USA). A Paris il apprécie beaucoup la communauté scientifique, les ballades à Fontainebleau, les cinémas du Quartier Latin et les amis. Quand en 1980, le CNRS fait appel à lui pour diriger le Département des Sciences de la Vie, il s'investit à fond dans cette fonction dévorante tout en restant au fait de l'actualité scientifique la plus chaude de l'époque: les oncogènes. Lorsqu'en 1985 ce mandat se termine, il reprend tout naturellement le chemin du laboratoire que Maurice Tubiana lui a proposé d'installer à l'Institut Gustave Roussy à Villejuif. Il s'engage alors dans le troisième volet de sa recherche personnelle sur la tumorigénèse thyro•dienne fortement ancrée dans l'hôpital et structure la recherche de l'IGR comme Directeur scientifique. Sa vision, sa clairvoyance et sa réputation permettent d'attirer à l'IGR des équipes prestigieuses qui sont encore aujourd'hui le cÏur de l'Institution.

Ce raccourci déjà si riche de la carrière scientifique de Roger Monier, serait incomplet si l'on omettait de citer le rôle majeur qu'il a joué dans les communautés scientifiques française et internationale. Le CNRS est présent tout au long de sa carrière. Recruté comme attaché de recherches, puis devenu professeur d'Université, il est membre de commissions scientifiques, puis Directeur d'un grand Institut et enfin Directeur du Département des Sciences de la Vie. Ses proches collaborateurs pendant les cinq années de mandat à la Direction du Département ont été marqués par son intelligence, sa rigueur et surtout sa vision. Ces qualités de "manager de la science" n'ont d'ailleurs pas échappé aux grandes Institutions de notre pays. On a déjà évoqué le CNRS et l'Institut Gustave Roussy dont Maurice Tubiana puis Thomas Tursz lui ont confié la Direction Scientifique. D'autres l'ont invité à siéger dans leur conseil scientifique ou d'administration (Institut Pasteur, Institut Curie, ANRS, ARC...). L'Académie des Sciences a considéré qu'elle ne pouvait pas se passer de sa sagesse. Il était membre fondateur de l'EMBO.

Enfin, il faut témoigner sur la troisième facette de son activité, celle d'enseignant. Nombreux sont ceux qui a tous les niveaux de l'Université ont apprécié sa culture scientifique et sa pédagogie. Il fonda le DEA " Bases Fondamentales de l'Oncogénèse " qui 15 ans avant l'ère des Cancéropoles, a tissé les liens entre les grands acteurs de la cancérologie en Ile de France : l'Institut Gustave-Roussy, l'Institut Curie et l'Institut d'Hématologie de l'Hôpital Saint-Louis. Il fonda également l'Institut de Formation Supérieure Biomédicale, formation Doctorale avant l'heure. Tous gardent de son enseignement un souvenir de synthèse, de précision et de clarté.

Trois qualités décrivent au plus près la personnalité de Roger Monier et expliquent sa brillante carrière : La première qualité est une curiosité clairvoyante. Le monde du vivant le passionnait mais sa culture s'étendait largement au-delà des frontières de la biologie pure. Il insistait sur l'importance de la pluridisciplinarité et l'importance du continuum biologie-médecine. Cependant il savait identifier les champs sur lesquels il importait de se concentrer pour mener à bien ses projets. Cette clairvoyance lui a permis de rester scientifiquement "à flot" dans des situations où des préoccupations professionnelles telles que la Direction de l'IRSC ou du Département des Sciences de la vie, auraient pu le divertir. La seconde qualité est la rigueur intellectuelle, clé de la démarche scientifique qu'il savait transmettre et enseigner. Enfin la troisième qualité est la fidélité que beaucoup ont eu l'occasion d'apprécier. Ses amis sont dans le monde entier, à Paris bien sûr, à Marseille, aux Etats-Unis, en Inde, au Japon, au Brésil....Ils lui sont tous reconnaissants.

Une grande figure de la biologie et de la cancérologie a disparu.

Jean Feunteun (feunteun@igr.fr)

 

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